Hier, à Villejuif, l’émotion était palpable sous les parapluies lors de l’inauguration de Parvis Georges Marchais. La ville avait en effet décidé de rendre hommage à son ancien député communiste, qui a tant fait pour elle et ses habitants en lui dédiant une place dans la zone d’aménagement des Barmonts, à proximité du nouveau Bio Park. Le choix n’était pas fortuit puisque Georges Marchais a beaucoup contribué à l’installation et l’essor des structures hospitalières et scientifiques sur la ville.  














En présence de sa famille (sa femme Liliane, leurs enfants et petits enfants) et de son successeur, l’ancien député Claude Billard, le maire, Mme Claudine Cordillot*  a évoqué dans son discours la grande humanité de cet élu et son engagement constant pour la ville, en particulier pour les plus modestes de ses habitants.


*Vous trouverez ci-dessous l’intégralité de son discours.






"Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Chère Liliane,

 

J'en suis persuadée, vous comprendrez le plaisir mais aussi l'émotion que j'éprouve à inaugurer avec vous ce parvis Georges Marchais qui clôt l’aménagement des Barmonts. Un quartier résolument tourné vers l’avenir.

Ce n'est bien sûr pas un hasard si vous êtes venus si nombreux pour témoigner de ce que représente pour vous cet élu indissociablement lié au développement de Villejuif et à sa mémoire collective. Dans la diversité de vos opinions et situations, vous êtes là, et du fond du cœur, pour notre ville,je vous en remercie. Merci à toi, chère Liliane Marchais, ainsi qu’aux enfants Olivier, Michèle, Monique et Claudine, d’être parmi nous. Je sais combien vos cœurs battent en ces instants et combien de souvenirs affluent pour vous et pour nous tous.

C’est en février 2008 que sur ma proposition, le conseil municipal a pris, à une très large majorité, la décision de dénommer de nouveaux espaces publics et notamment ce parvis. Succédant à Marie-Claude Vaillant-Couturier, Georges Marchais a été le député des Villejuifois et des Val-de-Marnais de 1973 à 1997. Réélu à 5 reprises, pendant 24 ans, son opiniâtreté à défendre une population qu'il aimait et respectait tant, en veillant particulièrement au sort réservé aux plus humbles, avait fait de lui un homme politique populaire, un élu respecté de tous.

Comme me le rappelait mon ami Claude Billard, qui lui succéda comme député en 1997, et dont je salue la présence parmi nous, « beaucoup de ce qui fait la vie des gens d’ici porte l’empreinte du député Georges Marchais. »

La liste serait trop longue à citer toutes les actions engagées durant ces 24 années  mais beaucoup d’entre vous gardent en mémoire les batailles pour l’emploi, celle pour les services publics et singulièrement la défense des hôpitaux, les interventions toujours répétées du député pour obtenir la couverture de l’A6B, qui est enfin réalisée, pour le  métro qui finira par arriver en 1985 ou les mobilisations pour  le droit à la sécurité avec notamment l’exigence d’un commissariat de plein exercice, une exigence qui reste toujours d’actualité.

Ce sont également les actions contre les fermetures de classes et pour la construction du Lycée Darius Milhaud, les luttes contre les saisies et les expulsions locatives. Je n’oublierai jamais que la première saisie empêchée physiquement en France eut lieu à la Cité Alexandre Dumas en novembre 76 sous l’impulsion et en présence de Georges Marchais. Ce sera le point de départ d’une vaste bataille contre les saisies, les expulsions locatives, les coupures d’eau et d’électricité.

Georges Marchais sera aussi de tous les combats pour le logement social. Elue en charge du logement au milieu des années 80, il me revient en mémoire cette lutte exemplaire et victorieuse avec les locataires de l’office HLM contre les augmentations de loyers et pour arracher les moyens de développement de notre office. Le rôle du député fut alors vraiment décisif.

Comment ne pas évoquer également cette belle fête populaire que firent les Villejuifois à l’occasion de la mise en service du métro qui allait changer leur quotidien.

J'ai dit "Luttes victorieuses". Elles furent nombreuses car un des traits marquants de la personnalité de Georges Marchais consistait, sur toutes les questions, à toujours rechercher les conditions qui permettent des améliorations concrètes dans la vie quotidienne du plus grand nombre. Alors que la communication à tout va, tend à remplacer la politique, le seul communiqué qui l'intéressait vraiment était celui où il pouvait montrer qu'entre le départ d'une action ou d'une de ses interventions et le point d'arrivée, quelque chose de meilleur était advenu, pas pour lui mais pour les habitants de notre commune et de la circonscription. Syndicaliste de formation, il savait d'expérience que pour multiplier les résultats, les acquis, il fallait veiller, comme à la prunelle de ses yeux, à rassembler, toujours rassembler pour agir ensemble bien au-delà de celles et ceux qui partageaient ses engagements.

 

Il avait en lui cette conviction profonde et obstinée que le pouvoir n’appartient pas à ceux qui se prétendent nés ou faits pour l’exercer, et que le peuple peut faire de grandes choses dès lors qu’il bouscule les conventions établies pour intervenir en politique et prendre en mains ses propres affaires.

C'est ainsi qu'il fut, dès le début, aux côtés des peuples algérien et vietnamien en lutte pour leur indépendance. Aux côtés aussi de celui d'Afrique du Sud contre l'apartheid, ce qui lui valut en octobre 1993, les paroles de remerciements de Nelson Mandela, accueilli au Théâtre de Villejuif, par des centaines de Villejuifois émus aux larmes.

Durant ces 24 années et dans tous ces combats,les Villejuifoises et Villejuifois ont toujours su trouver à leurs côtés un homme déterminé qui refusait d’accepter l’inacceptable.

Georges Marchais ce fut d’abord cela, un dévouement total aux intérêts populaires.

J’ai été particulièrement marquée, et je suis certaine, beaucoup d’entre vous aussi, par ces moments forts de solidarité et d’humanité, quand, aux côtés de notre maire d’alors, Pierre-Yves Cosnier, le député venait discuter, souvent de façon impromptue, avec les habitants au cœur des quartiers, au pied des immeubles.

La conversation s’engageait alors en toute franchise.Les habitants avaient affaire à un homme droit, honnête et accessible. Un député qui les encourageait toujours à s’unir et agir ensemble. « On ne fera jamais le bonheur des hommes à leur place » aimait-il  à répéter.

C’est parce qu’il plaça au-dessus de toute considération l’intérêt du peuple, que Georges Marchais fut un homme de rassemblement, qui rechercha en permanence l’union des forces populaires, des forces de gauche et de progrès pour que prévalent les choix en faveur de l’émancipation humaine face aux logiques dévastatrices de l’argent roi.

Issu du peuple, il lui resta fidèle toute sa vie.


Je garderai toujours à l’esprit ces lignes claires et cinglantes qui ouvrent son premier ouvrage écrit en 1973, intitulé « le Défi démocratique » et qui 40 ans après, résonnent encore avec toujours plus de force. Je cite « En France aujourd’hui,il y’a ceux qui produisent les richesses sociales et ceux qui en bénéficient. Ce ne sont pas les mêmes ».


Georges n’oublia jamais cette injustice fondamentale du système social. Et dans toutes les responsabilités qu’il assuma, d’élu comme de secrétaire général du parti communiste,il se conduisit comme ce personnage de Victor Hugo, jetant aux privilégiés et aux puissants : « je viens vous dénoncer votre bonheur. Il est fait du malheur d’autrui ».

Comment ne pas voir que tous ces combats et les valeurs dont ils sont porteurs  ont une résonance plus que jamais d’actualité !

Permettez-moi aussi de dire, au-delà du député, du dirigeant communiste et de l’homme politique de premier plan qu’il fut, combien l’homme tout court était attachant, chaleureux, sensible aux autres et toujours à leur écoute.

Il aimait la vie dans toutes ses dimensions. Fin gourmet, passionné de sports, intarissable sur le football et le cyclisme,il était également sensible au mouvement des idées, de la culture, de la poésie. Il vouait pour Aragon une admiration, presque filiale disait-il, non seulement pour son œuvre immense mais aussi pour son intelligence politique.

C’est sur proposition de Georges Marchais que la gare Aragon porte aujourd’hui le nom de ce grand écrivain et poète.

Il y avait dans son bureau de la Place du Colonel Fabien, une œuvre que lui avait offert Aragon, et qui interpellait et rendait jaloux nombre de ses visiteurs.

Il s’agissait de la « Joconde à moustache » du peintre surréaliste Marcel Duchamp signée par ces 5 lettres
« L H O O Q ». Cette œuvre magistrale était un symbole de l’irrespect à l’égard de l’art sacralisé. Georges avait interprété le geste d’Aragon comme un appel à faire preuve de la même insoumission à l’égard de toutes les pensées dogmatiques.

J’ai été, à titre personnel, marquée par ce regard bleu saisissant, impressionnant par sa mobilité perpétuelle qui invitait à saisir toute la complexité du monde et qui dégageait une profonde humanité.

Oui, Georges Marchais se faisait une très haute idée des êtres humains et de leur rôle dans la société.

Le choix de dénommer précisément ce parvis, en son honneur, n’a au demeurant rien d’anodin.

En effet, c’est à l’emplacement du lieu où nous nous trouvons actuellement, que Gustave Roussy a créé, en 1934, le premier centre anticancéreux de France et l’un des tout-premiers d’Europe, associé à un laboratoire de cancérologie expérimentale.

A quelques mètres de la plaque en l’honneur de Georges Marchais que nous dévoilerons dans un instant, se situe la résidence étudiante qui porte le nom de Georges Mathé,ce professeur de médecine qui réalisa en 1958 les premières greffes de moelles osseuses sur l’homme et qui dirigea le service des maladies sanguines de l’Hôpital Paul Brousse.

Ce grand professeur n’avait pas les mêmes idées politiques que Georges Marchais mais ensemble ils ont déployé toute leur énergie pour défendre et obtenir les moyens d’existence à Villejuif d’un centre d’excellence  contre le cancer.

Avec ses trois hôpitaux, 7000 médecins, chercheurs, personnels médicaux, 2 écoles d’ingénieurs, ses écoles d’infirmières, la municipalité de Villejuif, ses habitants, sont fiers que leur territoire se mette ainsi au service d’enjeux majeurs dans les domaines de la science et de la santé. Mais ces enjeux ont toujours fait - et font toujours - l’objet d’âpres combats.

S’il est un domaine qui tenait particulièrement à cœur à Georges Marchais, ce fut celui du combat incessant pour le droit à la santé, la recherche, la qualité des soins aux patients. Je peux en témoigner, de nombreux chercheurs, médecins, que je rencontrais ont tenu, tout récemment encore, à me faire part de leur reconnaissance pour l’action de Georges Marchais. Sans la détermination du député, me rappelaient-ils alors de nombreux atouts scientifiques et médicaux  dont nous disposons - comme par exemple le centre hépatobiliaire de l’hôpital Paul Brousse - n’auraient tout simplement jamais existé.

Enfin, cette inauguration du parvis Georges Marchais marque
l’étape finale de la réalisation de cet aménagement concerté des Barmonts.

Il aura permis la réalisation de la pépinière et de l’hôtel d’activités Bio Park, qui constituent la première réalisation du projet d’envergure internationale Cancer Campus appelé à se poursuivre au sein de  Campus Grand Parc, la résidence sociale étudiante et jeunes actifs de 98 chambres, ainsi que 29 logements sociaux.

Un espace commercial, qui pourrait être une brasserie, a été réservé en pied d’immeuble.

Côté espaces publics, la rue Guy Moquet a été refaite et offre, comme la nouvelle rue Jean Moulin que nous inaugurerons le 18 juin prochain, de nouveaux espaces de stationnement.

Les trottoirs ont été élargis pour le confort des piétons. Les paysagistes ont pu exprimer leur créativité avec cette généreuse pelouse parsemée de bosquets, de parterres et  de ses arbres en fleur au printemps qui en font un lieu, agréable, un nouvel espace planté de respiration à Villejuif.

A la demande de la ville et de la Communauté d’Agglomération du Val-de-Bièvre, des habitants du territoire privés d’emploi ont pu, dans la phase chantier de la pépinière, trouver des contrats d’insertion qui ont abouti à la création de 9 emplois.

Mon Premier Adjoint en charge de l’urbanisme, mon ami Philippe Le Bris, a mené nombre de réunions de concertation avec les riverains, que je tiens à remercier. Elles ont permis d’adapter au mieux le projet, de prendre en compte leurs propositions et au bout du compte, c’est tout le quartier qui  s’en trouve amélioré.

Je veux aussi remercier tout particulièrement SADEV, l’aménageur de cette ZAC, représenté par son président, vice-président du Conseil Général du Val-de-Marne, mon ami Laurent Garnier, et par son directeur général, Jean-Pierre Nourrison. Remercier également tous les partenaires, architectes, entreprises,  les bailleurs Logirep, Fac Habitat et les agents des services municipaux qui ont contribué à sa réalisation. Remercier encore les étudiants de l’association COOK EN LAB qui vous proposeront une animation moléculaire gourmande autour d’un buffet plus traditionnel dressé par la Semgest.

Cet aménagement illustre bien notre conception d’un développement équilibré, solidaire où activités, habitat, services, commerces et espaces publics se côtoient en harmonie, où se mêlent chercheurs, salariés, étudiants, et toutes les générations d’habitants.

Ainsi, ce parvis Georges Marchais, participe de cette ville moderne, populaire, accueillante, inséparable d'une ambition de chaque instant pour faire progresser ici et maintenant, avec les moyens et les leviers d’actions qui sont les nôtres, l'emploi et la justice sociale.

Au moment où le chômage, la hantise des fins de mois et l'avenir menacé des enfants continuent d'être le lot de beaucoup trop de familles de Villejuif, nous nous efforçons de construire du beau, de concevoir un cadre de vie agréable pour nos concitoyens et de prendre toute notre part à la réponse aux défis du développement humain, qu’appelle la ville du 21è siècle.

En ces temps où domine une coupable austérité qui envoie dans le mur toute l'Europe, NOUS NE RENONÇONS A RIEN, fidèles en cela, à la mémoire de Georges Marchais et aux plus belles traditions de notre ville. 

Je vous remercie."