Mais le problème aujourd'hui n'est pas que villejuifois. Nous assistons à une véritable rupture dans les relations entre l'État et les collectivités territoriales. Baisses de dotations, projet de suppression de taxe professionnelle, transferts non compensés : il ne s'agit plus de nous forcer à une cure d'amincissement au nom de la rigueur budgétaire. Il s'agit d'une véritable ingérence du gouvernement dans les politiques locales, qui vise à remettre en cause les choix que nos populations ont fait en faveur de politiques solidaires, innovantes.

Villejuif, ville à majorité de gauche et dirigée par un maire communiste, est clairement une cible pour le gouvernement.

Une cible avant tout parce qu'elle développe un service public de très haut niveau. Prenons un peu de perspective et comparons Villejuif à ses voisines. Connaissez-vous beaucoup de villes qui possèdent autant d'équipements de quartier, sportifs ou socio-culturels ? Qui fasse autant, avec le département, pour la petite enfance avec des modes d'accueil aussi diversifiés ? Autant pour l'accueil des enfants, avec notre dispositif très important de centres de loisirs ? Qui met à disposition des habitants un Centre municipal de santé, un centre dentaire, un centre médico-psycho-pédagogique, le SAMI....

Villejuif est une cible aussi parce qu'elle n'a pas, contrairement à d'autres villes du Val-de-Marne, choisi l'endormissement. Villejuif investit pour les générations futures, innove. Le dernier mandat a vu la naissance ou la rénovation de nombre d'équipements primordiaux pour notre ville : la médiathèque, le théâtre, le marché du centre, l'école de musique et de danse, les écoles Robert-Lebon et George-Sand... Nous avons continué, achevé ou lancé de nombreux projets pour faire de Villejuif une ville attractive, dynamique et équilibrée : je pense au quartier des Guipons, avec le développement économique et le logement diversifié, je pense aux Barmonts, avec la pépinière dédiée aux biotechnologies, je pense aussi aux 30 logements sociaux esplanade Pierre-Yves Cosnier qui viendront parachever l'aménagement du centre-ville.

Une cible enfin, parce que Villejuif a considéré que le service public, le service rendu aux habitants, ne peut se faire sans les agents communaux. Le service public, ça n'est pas que du béton et quelques machines, c'est avant tout des gens au service des Villejuifois, de tous les Villejuifois. Je veux saluer très chaleureusement le travail effectué par les agents de notre ville.

Bref, Villejuif est une cible parce que sa majorité municipale a fait un choix : celui du service public, le patrimoine de ceux qui n'en ont pas. C'est ce choix qui rend possible à des familles aux revenus modestes de vivre dans une ville, à 1,5km de Paris. En période de crise économique et sociale, c'est ce choix qui permet à tant de Villejuifois de garder, tant bien que mal, la tête hors de l'eau. Ce choix, nous l'assumons tous ensemble. Ce n'est pas une « mauvaise gestion », un « endettement inconsidéré » : c'est une gestion saine parce que dans l'intérêt des habitants et des générations futures.

Nous voulons confirmer ce choix et nous engager encore plus loin pour le service public, par un effort tout particulier dédié à l'évaluation des politiques publiques.

Villejuif développe de nombreuses politiques au service des Villejuifois. Depuis bientôt 85 ans, ces politiques se créent et s'enrichissent.. La richesse est telle que des Villejuifois de longue date découvrent parfois telle ou telle structure, tel ou tel service à la population. Mieux connaître, mieux faire connaître nos politiques est en soi un objectif..

Villejuif est une ville qui bouge. Les besoins de sa population bougent aussi. Et parfois, nos politiques ne suivent pas assez vite ou deviennent obsolètes. C'est pourquoi nous avons besoin d'éléments plus précis pour analyser l'impact de chaque dispositif, son efficacité réelle. C'est un effort qualitatif nécessaire pour tous, et surtout, bénéfique pour tous : les Villejuifois, le personnel, dont je sais qu'être réellement utile aux Villejuifois est une préoccupation majeure, et les élus.

Le budget que nous votons est donc celui d'un service public fort et tourné vers l'avenir. Tous les engagements que nous avions pris pour la 1ere année s'y trouvent, du Contrat de réussite solidaire à l'accès gratuit à Internet.

Mais pour autant, ça n'est pas le budget dont nous rêvons.

Nous devons voter un budget en équilibre, sans quoi nous confierions les clés de la ville au préfet, ce qui serait dramatique pour les Villejuifois. Notre démarche a donc été de réduire les dépenses sans remettre en cause le cœur de nos politiques. Mais nous ne pourrons faire autant avec beaucoup moins, et le gouvernement le sait.

Les choix du gouvernement, par exemple, ne nous permettent pas d'assurer l'entretien et la rénovation du patrimoine à la hauteur des besoins. Je veux dénoncer avec force ce choix irresponsable pour les générations futures que fait l'État.

Je veux également rappeler que des efforts ont été faits par tous les services.. Cela veut dire des sacrifices, des difficultés, des efforts de tous les jours pour tous les agents communaux. Malgré tout ce que nous avons fait pour dégager les marges de manœuvre nécessaire – je rappelle que nos bases de taxes professionnelles ont augmenté de 4,3 millions d'euros cette année -, nous savons que les conséquences sont rudes. Et c'est pourquoi nous ferons tous les efforts pour que règne une démarche de concertation, de transparence. Il faut qu'un dialogue de vérité s'instaure, et c'est dans cet esprit que nous multiplierons aussi les rencontres des élus avec le personnel.

Une fois ces efforts considérables faits, nous avons été face à un dilemme. Je le dis, parce qu'il a été douloureux pour chacun d'entre nous. Dilemme entre l'augmentation des taux d'impôts locaux et la disparition de services. Les élus de la majorité municipale ont estimé, tous ensemble, que la fin de services aux habitants serait beaucoup plus dommageable qu'une hausse modérée des taux d'imposition. C'est pourquoi nous avons décidé d'une augmentation de 2,5 %, 1 point et demi en dessous de la moyenne nationale d'augmentation cette année.

Nicolas Sarkozy sait très bien ce qu'il fait : il a la volonté de contraindre les villes comme Villejuif à augmenter les impôts, pour les mettre en difficulté politique. Il en a besoin, parce qu'il sait qu'il n'est pas de taille face au mouvement social, face au peuple qui se mobilise, comme dans cet extraordinaire moment qu'a été le 19 mars dernier.

Villejuif se mobilise actuellement sur les finances locales. La pétition, la rencontre publique du 16 mars, les initiatives porte-ouvertes sont autant de points d'appuis pour qu'une dynamique s'enclenche. La dynamique ne peut pas s'arrêter ce soir, une fois le budget voté. Dès 2010, le gouvernement prévoit la suppression de la DSU et de la taxe professionnelle. Et dès 2014, c'est la fin de nos départements, des intercommunalités et la réduction du pouvoir des villes qui est annoncée par la commission Balladur. Nous avons des propositions pour faire autrement ! Je n'en rappellerai qu'une : une taxe professionnelle qui prenne en compte les actifs financiers, à 0,5 % par exemple, ça serait 300 EUR de plus par habitant !

Nous devons élargir le combat que nous menons pour la démocratie locale, créer des convergences. Le mercredi 8 avril, les élus communistes et républicains du Val-de-Marne remettront pétitions et vœux au préfet, montrant un front uni contre la politique gouvernementale. Nous espérons que d'autres se joindront à nous.

Nous voterons, bien sûr, ce soir, le budget qui nous est proposé. Et nous nous engageons dès demain dans une double bataille : la construction d'un budget 2010 qui s'appuie sur l'évaluation des politiques publiques pour être encore plus innovant ; et la lutte politique pour obtenir les moyens dont nous avons tous besoin.