Mesdames,

Messieurs,

C’est avec une joie sincère que nous sommes réunis ce matin pour célébrer le mariage civil d’Alexis et Fabrice.

Vos amis de vie, vos amis de lutte, les élus, par leur présence à vos côtés vous font part aujourd’hui de toute leur amitié.

« Aimer à perdre la raison »… c’est la chanson que vous avez choisie pour commencer cette cérémonie. « Aimer à perdre la raison, Aimer à n'en savoir que dire, A n'avoir que toi d'horizon ». Avec ces vers, Louis Aragon et Jean Ferrat chantent l'amour et l'espoir qu'il apporte dans la vie. Et aujourd’hui, c’est bien votre amour partagé qui vous anime, mais aussi l’espoir.

L’espoir qu’un monde où tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits se réalise.  Cet espoir qu’ont porté les fondateurs de notre République en 1789 et qui reste encore d’une grande actualité.

L’institution du mariage civil s’inscrit aujourd’hui en France dans un cadre législatif discriminatoire à l’égard des couples composés de personnes de même sexe.

La France accuse un retard considérable dans ce domaine. De nombreux pays en Europe et dans le monde, pour certains réputés conservateurs, ont ouvert le droit au mariage et à la parentalité pour les couples de même sexe.

Outre atlantique, ce lundi, la cour d'appel fédérale de San Francisco a jugé que l'interdiction pour les homosexuels de se marier en Californie était anticonstitutionnelle. Cette décision est une très bonne nouvelle et un nouveau pas franchi vers une reconnaissance et une légalisation universelles. Aujourd’hui, grâce à vous, Alexis et Fabrice, et malgré ce froid polaire, Villejuif c’est un peu la Californie.

Alors que 63% des habitants de notre pays se déclarent favorables au mariage de couples du même sexe et 56% à l’homoparentalité.

Faut-il rappeler qu’hélas, en France, toutes les propositions de loi déposées par les parlementaires de gauche visant à le légaliser ont été jusqu’alors refusées. Le Président de la République réaffirme ce jour même son opposition au nom de la morale.

L’amour ne doit connaître ni frontière, ni illégitimité d’Etat. Villejuif, ville engagée contre toutes les discriminations, sait prendre ses responsabilités pour que ce qui est légitime devienne légal.

Aujourd’hui par cet acte, nous sommes en phase directe avec la majorité des Français, favorable au mariage pour les couples de même sexe et à l'homoparentalité. Et, allant jusqu’au bout de la démarche, comme pour chaque couple qui s’est dit oui en notre maison commune, je vous remettrai un Livret de famille.

Notre ville a une forte histoire de luttes pour l’accès aux droits : pour l’accès au logement, à la culture, pour l’égalité entre les hommes et les femmes, dans la bataille en faveur des sans-papiers mais aussi pour les droits des minorités sexuelles. Bien avant le PACS, Villejuif avait pris la décision de délivrer des livrets de concubinage aux couples de même sexe alors que cela n’était pas légal.

Mais cette union est aussi et surtout, une étape importante dans votre vie d’hommes.

Vous avez tous les deux grandi dans des univers différents. Fabrice au sein d’une famille de tradition catholique et Alexis au sein d’une famille communiste. L’un d’Agen, l’autre du Gers, vous avez gardé tous les deux des accents qui nous communiquent votre joie de vivre.

C’est il y a maintenant 12 ans que vos deux vies se sont croisées pour ne plus se séparer.

Quand Alexis réussit le concours de la Fonction publique et doit quitter les terres provinciales, Fabrice l’accompagne. Et c’est avec grand plaisir que Villejuif vous accueille alors ! Vous y devenez vite, l’un et l’autre des habitants-citoyens actifs, engagés, présents.

C’est en 2002 que dans un élan militant et malgré les réticences de votre entourage vous officialisez votre union par un PACS. Mais passer devant un juge pour officialiser votre histoire d’amour vous laissa un sentiment d’incompréhension. Il y a quelques semaines, alors que nous nous retrouvions pour construire une année pleine de promesses, vous m’avez annoncé vouloir organiser une belle fête en 2012 pour vos 10 ans de PACS… C’est alors que je vous ai proposé de fêter cela ensemble en toute l’égalité en organisant ce mariage, votre mariage.

Alexis, Fabrice, ce jour vous appartient. Merci à vous de nous inviter, aussi nombreux que nous sommes. Dans cette salle des mariages qui a bien du mal à accueillir tout le monde, il y a des proches, la famille, des amis, des collègues, des voisins, d’autres anonymes ou plus connus qui ne vous connaissent pas mais se reconnaissant dans la force et l’aspiration militante que nous mettons en acte ensemble.  Oui aujourd’hui, nous disons ensemble que nous devons tous avoir les mêmes droits. Le droit d’être heureux, le droit au bonheur, le droit de s’aimer en toute liberté et en toute (l)’égalité…

Vivent les mariés !