Il y a 70 ans, le 21 avril 1944, les femmes obtenaient enfin le droit de vote après 153 ans de lutte. En effet, depuis la révolution de 1789 elles avaient été classées dans la catégorie des citoyens dit « passifs » comme les enfants et les étrangers. Pourtant déjà en 1925, Marguerite Chapon fut élue conseillère municipale de Villejuif. 7 mois plus tard, le préfet invalida son mandat.

Si aujourd’hui, les femmes sont des citoyennes à part entière, elles demeurent néanmoins bien moins représentées dans les rangs des élus : moins de 27% des parlementaires à l’Assemblée nationale sont des femmes ; moins de 22% au sénat ; moins de 14 % des maires sont des femmes.

Payées en moyenne 25% de moins que les hommes, pour le même travail, les femmes sont toujours davantage exposées au risque de chômage et de pauvreté,  assument souvent seule des charges de familles suite à la séparation du couple et assurent en moyenne 80% des tâches ménagères.

Malgré l’incessant et courageux combat des féministes, ces inégalités ne se résorbent que très lentement. Les conséquences sociales de la crise ont même provoqué un retour en arrière, notamment en ce qui concerne l’accès à l’emploi.

Si l’on peut se réjouir de l’entrée au Panthéon de deux femmes, Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz De Gaulle, difficile de ne pas noter qu’il ait fallu attendre 2014 pour que ces grandes résistantes aillent rejoindre les deux seules autres femmes inhumées parmi 71 sépultures. Et comment, à l’occasion du 8 mars ne pas évoquer le projet de loi du gouvernement espagnol d’interdire l’IVG, dans le sillage des gouvernements réactionnaires de Pologne, d’Irlande, de Malte ou de Hongrie, qui ont très fortement restreint le droit à l’IVG ? En France, « les manifestations pour tous » et anti-avortement témoignent que la liberté sexuelle, sociale et économique des femmes est toujours menacée. Sans parler des violences subies, comme si le corps des femmes, dans l'esprit de beaucoup, était un objet sur lequel certains auraient des droits.

Oui, il nous reste encore bien des Bastilles à prendre car le corps et la vie des femmes ne leur appartienne pas encore tout à fait !

Muriel Roger

Conseillère municipale déléguée à la lutte contre les discriminations et l'accès aux droits.