Le féminisme n’a pas d’âge, l’égalité n’attend pas !

Par Muriel Roger,

Conseillère déléguée à la lutte contre les discriminations et l’accès aux droits.

En cette journée internationale des droits des femmes, j’ai le tournis en pensant à ce qu’il nous reste comme batailles à mener en France pour les femmes, toutes les femmes : des plus jeunes, les écolières, en passant par les femmes dans leur rôle de compagne, de mère, de travailleuse et jusqu’à l’âge de la retraite et la vieillesse ; dans tous les aspects de la vie affective, sociale, économique ou politique et dans leur corps.

Le combat pour l’égalité commence tôt, le plus tôt possible même. Apprendre très jeune aux petits garçons et petites filles à se respecter mutuellement, à dépasser les stéréotypes de division sexuée du travail pourrait nous paraître aujourd’hui, en 2013, aller de soi. Ce n’est pas le cas. J’en veux pour preuve, la suspension à la rentrée 2012 du  « dico des enfants ». Écrit par et pour eux, son contenu a suscité l’indignation de chercheurs très étonnés de constater que certains mots soient affublées de définitions pour le moins sexistes telles que « une femme est une maman, une mamie ou une jeune fille. Elle peut porter des bijoux, des jupes et des robes. Elle a de la poitrine". Le "père" est "le mari de la maman, sans lui la maman ne pourrait pas avoir d'enfants. C'est le chef de famille parce qu'il protège ses enfants et sa femme," qui, elle « repasse les affaires de toute la famille ». Des schémas mentaux, profondément ancrés donc et qui nécessitent une véritable pédagogie. Un bon exemple en sont les ateliers « Éducation non-sexiste » qui ont été mis en place dans un collège de la ville depuis 3 ans et dont on doit maintenant réfléchir à la généralisation dans les écoles élémentaires, et pourquoi pas ? les crèches.

Mais comment justifier auprès de ces mêmes collégiens, et surtout ces collégiennes, que malgré le constat chaque année renouvelé et les déclarations de bonnes intentions, de nouveau, en 2013, la majorité des demandeurs d’emplois sont des femmes ? Que les salariées gagnent en moyenne seulement 80% du salaire de leurs collègues masculins alors qu’elles sont, toujours en moyenne, plus diplômée et qu’elles assument en très grande partie les tâches domestiques et le soin aux enfants voire aux parents dépendants? Que les femmes de moins de trente ans et de plus de cinquante sont encore très largement discriminées à l’embauche ? Qu’une maternité signifie bien souvent rupture dans l’évolution de carrière, quand elle n’est pas tout simplement synonyme de licenciement ou d’éloignement définitif du marché du travail ?

82 % des salariés à temps partiel sont des femmes et 31 % des femmes salariées sont à temps partiel (contre 7 % des hommes). Pour les femmes, le nombre d’enfants à charge est un facteur déterminant du travail à temps partiel : plus de 45 % des femmes ayant au moins trois enfants à charge travaillent à temps partiel. En effet, comment concilier vie professionnelle et vie familiale quand les modes collectifs de garde d’enfants ne répondent qu’a 10% des besoins ? A Villejuif on répond à 20% des besoins, c’est beaucoup plus que la moyenne nationale, mais encore en très en deçà des besoins. 

Le temps partiel est le plus souvent subi, comme pour ces innombrables salariées de la grande distribution ou du secteur du nettoyage qui gagnent pour la plupart moins que le SMIC et sont soumises à des horaires hachés et atypiques. Combien d’entre elles élèvent seules leurs enfants et n’ont plus les moyens de se loger ? Le dernier rapport de la FNARS confirme que plus de 15% des demandes d’hébergement d’urgence auprès du 115 concernent des femmes seules avec enfants. La construction de logements sociaux doit donc être une priorité du gouvernement et le projet de construction de 500 000 nouveaux logements ne doit pas rester une simple promesse de campagne afin de répondre, enfin, à la masse des demandes que les conséquences de la précarité gonflent chaque jour davantage.

Les récents accords entre le Medef et la CFDT, dit « ANI »,  risquent d’ailleurs de renforcer encore cette précarité salariale en autorisant les entreprises, dont l’activité baisse, à recourir au chômage partiel sans indemnité ou à annualiser le temps de travail partiel. Sous couvert de « sécuriser l’emploi » cet accord aura en fait des retombées désastreuses sur les conditions de vie des salariés et en particuliers des plus exposées, c’est-à-dire les femmes.

Comment expliquer également à toutes ces jeunes filles que les difficultés de leur sexe ne s’arrêtent pas au marché du travail : outre les multiples et ravageuses conséquences psychologiques des injonctions à une féminité stéréotypée véhiculée par les médias, que le simple droit à choisir sa maternité recule mécaniquement sous les effets de l’austérité grevant les budgets de la sécurité sociale ou des centres IVG ? Qu’elles sont beaucoup plus exposées aux actes de violences, y compris dans leur corps : tous les 3 jours une femme meurt sous les coups de son mari ? A Villejuif, et dans d’autres villes du département, des dispositifs d’aide et de prévention ont été mis en place bien sûr, comme « un toit pour elle », mais ne peuvent être aidée que celles qui en font la demande. Combien subissent dans le silence, la peur et la honte ? Car la honte est un sentiment destructeur contre lequel nous devons nous battre pour qu’il ne soit plus ressenti par les victimes au point de les paralyser : 75 000 femmes sont violées tous les ans dont moins de 9000 portent plainte. Une campagne contre le viol a récemment été lancée par des associations féministes, pour qu’enfin la honte change de camp ! Mais c’est au gouvernement à prendre le relai afin que les victimes soient mieux prises en charge et accompagnées dans leur démarche de justice.

Comment leur expliquer enfin que, la vieillesse venue, l’inégalité persiste ? Le revenu moyen des femmes à la retraite est la moitié de celui des hommes !

Le combat féminisme n’est, hélas ! pas un combat désuet ou dépassé : il est d’une cruelle actualité. Le combat féministe n’a pas d’âge et de multiples visages, celui de tous les êtres de sexe ou de genre féminin confrontés au moins une fois dans leur vie à une forme très ancienne d’oppression, le patriarcat, que le capitalisme aggrave, et qui l’ont refusé.

Le parcours de Thérèse Clerc, militante féministe de gauche en est l’éclatante démonstration. Toute une vie de lutte pour l’émancipation, en particulier de la femme, qu’elle poursuit, passé 80 ans à la tête de sa bande de « Baba yagas » à Montreuil. Ensemble, elles ont fondé une association et permis la construction en convention HLM d’un établissement autogérée accueillant des femmes aux revenus modestes, âgées et militantes mais également des jeunes en difficulté, qui s’entraident et promeuvent un « bien vieillir » dans sa dimension sociale, sanitaire mais aussi dans l’acceptation et la valorisation de leur corps « usé » de vieille dames.

Parce que le féminisme c’est avant tout une histoire de solidarité, c’est un combat qui n’a pas d’âge et peut-être pas de fin.